une syndicaliste insultée sur les réseaux sociaux et l'entreprise a été condamnée
Une syndicaliste insultée sur un groupe WhatsApp du Décathlon d’Atlantis, l’entreprise condamnée
Les Prud’hommes de Nantes ont condamné Décathlon Atlantis à indemniser à hauteur de 35 000 € l’une de ses salariés, déléguée CFDT, victime de harcèlement et de discrimination syndicale. Une affaire inhabituelle, des propos dégradants et humiliants ont été tenus sur un réseau social.
Ouest-FranceMarylise COURAUD de Ouest-France.Publié le 07/11/2023 à 16h27
Le groupe sur le réseau social WhatsApp s’appelait Atlantide. Sans doute une référence à Atlantis, la zone où est implantée l’enseigne Décathlon, à Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Mais là aucun doute, ce groupe a bel et bien existé avant d’être englouti dans les limbes des fichiers effacés. Il réunissait depuis 2019 une partie de l’équipe d’encadrement du magasin.
Ils partageaient tout un tas de choses : des discussions de cadres, des souvenirs de vacances. Mais les conversations ont dérivé vers des brimades, des insultes… Une syndicaliste en a fait les frais, une salariée embauchée en 1999 dont le temps de travail est partagé entre ses activités au sein de la CFDT et son boulot de vendeuse.
« Lynchage collectif »
Consternée, elle apprend en 2021, de la bouche d’un collègue, l’existence de cette boucle où lui est réservé un florilège de moqueries et de grossièretés. Des extraits ont été rapportés à l’audience des Prud’hommes, en mai 2023. « Ça nous fera moins la voir, ça met du baume au cœur. » « Dans tous les cas, M. est en délégation demain… Elle sera dans son canapé. Lol. » Outre son activité syndicale, son physique est aussi brocardé : « Elle [sic] manquerait plus qu’elle court un 100 mètres, un dix mètre, ça serait déjà beaucoup ! »
Parmi les auteurs se trouvent des responsables de rayon, d’exploitation et aussi un directeur de magasin. Cette découverte a secoué la salariée, placée en arrêt de travail pendant plusieurs mois. Comment croiser à nouveau ses collègues dans le magasin, dans de telles conditions ? Une situation particulièrement difficile pour la vendeuse qui travaille toujours à Décathlon. Son avocate, Me Anne-Laure Bellanger avait même lors de l’audience parlait d’un « lynchage collectif ». Les faits n’ont pas été contestés par l’enseigne sportive.
35 000 € d’indemnité pour la salariée
Mais à l’audience, la direction s’était défendue. Elle avait mené une enquête interne en avril 2021, mis en place un accompagnement, sanctionné toute l’équipe, procédé à trois licenciements et deux mises à pied, dont le directeur du magasin durant six jours. Une sanction plus faible car l’enseigne estimait qu’il avait été moins impliqué que les autres.
Pour les conseillers prud’homaux, aucun doute, Décathlon est coupable de harcèlement discriminatoire. Mais il a aussi manqué à ses obligations de santé et de sécurité, en maintenant le directeur en place. « Il a été comme les autres salariés, un acteur important dans les dénigrements », ont souligné les juges. Il a d’ailleurs été muté depuis. Les Prud’hommes ont condamné Décathlon à verser 35 000 € d’indemnités à la salariée.