HARCELEMENT
« Personne ne me rendra ces 7 ans de ma vie » : près d’Angers, une victime de harcèlement témoigne
La vie de cette quadragénaire des alentours d’Angers (Maine-et-Loire) est devenue un enfer après avoir croisé un inconnu. Lequel sera jugé début novembre pour harcèlement. Mais, pour elle, le mal est fait.
Valérie, comme on l’appelle dans cet article, raconte sept années de vie en pointillé. | OUEST-FRANCEVoir en plein écran
Ouest-FranceJosué JEAN-BART.Modifié le 07/10/2022 à 10h20Publié le 07/10/2022 à 07h31
Dans ce bar du centre-ville d’Angers (Maine-et-Loire) lundi 3 octobre, la reprise Zou Bisou Bisou, des DJ Bart & Baker, tambourine. Valérie, comme on l’appellera dans cet article, n’y prête pas attention. Les traits tirés, cette cadre immobilier de 41 ans vient de revenir sur le moment où sa vie a basculé. À cause d’un homme qu’elle n’avait même pas remarqué.
Première rencontre en 2015. « Je l’ai croisé chez des gens que je connaissais. J’évitais de lui dire bonjour. Je trouvais qu’il avait une attitude bizarre avec les femmes. » Elle enchaîne : « Je me suis séparée de mon compagnon fin 2015. Et début 2016, il m’a contactée. »
De la sphère virtuelle au monde réel
Elle se met à recevoir des messages. « Je le bloquais d’un côté, il revenait d’un autre. Il utilisait des comptes multiples. »
De la sphère virtuelle, il passe au monde réel. « Il a découvert mon adresse. À l’été 2016, il a commencé à rôder près de mon domicile. J’ai prévenu la communauté de brigades de gendarmerie locale. J’avais très peur. Je ne sortais plus autrement qu’en voiture. Quand je rentrais, il arrivait derrière moi. » Elle est persuadée qu’il la surveillait.
Présent partout
Valérie dépose plainte à la police pour harcèlement. L’intéressé, aujourd’hui âgé de 51 ans, découvre son nom de famille. Il tente de la joindre jusqu’à son travail. Elle dépose « une deuxième plainte en décembre 2017 ». Mais sa santé commence à être sérieusement affectée par la situation. Au point de se faire, cette année-là, « une contracture musculaire au dos à la veille de Noël. Je suis restée coincée ».
Elle tombe sur lui en allant courir. Apprend qu’il s’est présenté sous un faux prénom à une soirée d’amis. Dans l’entourage de cet homme, des inconnus bienveillants appellent Valérie pour la mettre en garde. « Je l’ignorais, reprend-elle. Mais dans son esprit, mon indifférence, c’était pour cacher mon amour. »
« T’es morte ! »
Accalmie pendant le confinement sanitaire. Mais l’orage gronde à nouveau en juin 2021. « J’étais chez moi, tranquille. Il est arrivé en trombe en voiture. Il m’a hurlé deux fois : « T’es morte ! »»
Il disparaît près d’un an, mais réapparaît en mai 2022. « Il a publié des choses horribles sur Internet. » Un samedi matin, elle découvre « un truc coincé à mon portail. C’était un énorme poster. Et des graffitis sur la chaussée ».
Le 30 juin 2022, Valérie est alertée par le bruit d’un ralentissement devant chez elle. Encore lui qui crie. Il lui prête une relation avec un magistrat. Allégation farfelue qu’il a réitérée sur les réseaux sociaux.
Elle dépose une nouvelle plainte à la gendarmerie. Le quinquagénaire est placé en garde à vue. Il est convoqué en janvier 2023. En attendant, il doit respecter un contrôle judiciaire lui interdisant tout contact.
Ça tient jusqu’en août. « Sur les réseaux sociaux, il a posté des photos de moi, en m’insultant. » Cette fois, le suspect, qui s’en est également pris, dans des écrits sur Internet, à l’ancien et l’actuel procureurs de la République d’Angers, est placé en détention provisoire.
« Discours délirant »
Sa demande de libération lui a été refusée, mercredi 28 septembre, par la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Angers. « Le risque de renouvellement de l’infraction est trop important, souligne, à l’issue de l’audience, le président Bruno Sansen. Après neuf jours d’hospitalisation, il est toujours dans le même discours délirant. » Une expertise psychiatrique sera pratiquée mercredi 12 octobre. Avant l’audience du mercredi 9 novembre.
En attendant, Valérie vit dans « la crainte, qu’il me tue ». Elle est décidée à changer de vie. « Je quitte mon emploi. » Sa rupture conventionnelle est signée. Sous antidépresseurs, elle s’interroge sur des éventuelles « mesures de sûreté » en cas d’irresponsabilité pénale. Mais elle sait ce qu’elle a déjà perdu. « Personne ne me rendra ces sept ans de ma vie. »