Harcèlement au Mans
Harcèlement et homicides involontaires au travail : un géant du transport jugé au Mans
Lundi 10 octobre 2022, le transporteur Jacky-Perrenot et quatre de ses dirigeants comparaîtront devant le tribunal judiciaire du Mans (Sarthe), dans le cadre d’une vaste affaire de harcèlement. 45 plaintes ont été déposées dans ce dossier, qui comporte deux homicides involontaires dans le cadre du travail.
Lundi 10 octobre 2022, le transporteur Jacky-Perrenot et quatre de ses dirigeants comparaîtront devant le tribunal judiciaire du Mans (Sarthe), dans le cadre d’une vaste affaire de harcèlement. | ARCHIVES OUEST-FRANCEVoir en plein écran
Ouest-FrancePierre-Alexandre GOUYETTE.Publié le 07/10/2022 à 20h04
10 000 salariés, un parc de 5 800 camions et 930 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2021. Lundi 10 octobre 2022, c’est un poids lourd du transport routier français qui s’avancera à la barre du tribunal judiciaire du Mans (Sarthe).
45 employés - ou proches - ont déposé plainte
Durant deux jours, le transporteur Jacky-Perrenot, via sa filiale Perrenot-Robineau, et quatre de ses dirigeants, devront s’expliquer dans le cadre d’une vaste affaire de harcèlement moral au travail. Dans ce dossier, près de 300 salariés ont été entendus. 45 employés – ou proches – ont déposé plainte, présumées victimes de 2016 à 2021 d’« un système de harcèlement à très grande échelle et institutionnalisé », résume Me Paul Cao, avocat d’une vingtaine de plaignants.
Pauses imposées pendant le déchargement de la marchandise, cadence infernale pour livrer à temps le client… Le droit du transport et les temps de repos auraient été bafoués. « Si certains salariés s’opposaient à la direction, ils étaient punis. Ils pouvaient être appelés la nuit, rentrer le samedi matin pour reprendre la route le dimanche soir. »
« Il était épuisé par le rythme de travail »
Selon l’enquête menée par les gendarmes sarthois, ces méthodes de management auraient pesé dans la mort de deux chauffeurs, en 2018 : un AVC au volant de son camion pour le premier, un acte désespéré pour le second. Deux décès qualifiés comme « homicides involontaires dans le cadre du travail ». « Il était épuisé par le rythme de travail, on le faisait partir à n’importe quelle heure. Il ne pouvait pas anticiper ses semaines de travail, car il découvrait ses horaires au dernier moment », soutient Me Marie-Caroline Martineau, avocate de l’épouse du conducteur qui s’est suicidé.
Les deux salariés travaillaient à la base de Soulitré, à l’est du Mans. L’ex-entreprise Robineau, rachetée par Perrenot en 2013, cristallise une grande partie des tensions. « Nous ne sommes pas chez des patrons voyous, mais chez des gens honnêtes, qui ont fait ce qu’ils pouvaient pour redresser une entreprise locale qui périclitait. On leur fait un mauvais procès », estime Me Lee Takhedmit, avocat des quatre dirigeants poursuivis.
Comme ses confrères, le conseil plaidera la relaxe : « Dans ce dossier, il y a une volonté constante de trouver un responsable, alors que les infractions reprochées ne sont absolument pas constituées. La procédure est rocambolesque. »