TEMOIGNAGES DE HARCELEMENT DANS LE COUPLE : ACTES DU COLLOQUE AVHMVP JUIN 2016 (2)
Témoignage de MATHILDE, 26 ans, jeune diplômée, victime de harcèlement moral dans le couple post-séparation
J’ai 26 ans, je viens de finir mes études en Ressources Humaines et je suis maman d’un petit garçon qui a deux ans et demi.
J’ai eu un concubin. Nous avons été ensemble pendant 4 ans. A partir du moment où nous avons habité ensemble, il est devenu un jaloux maladif et possessif et c’est la qu’à commencé mon enfer : il me trompait, il faisait des crises de jalousie à tout va, et je vous passe les détails. Donc, je suis partie du domicile.
Pendant 6 mois, j’ai eu du chantage, j’avais rencontré quelqu’un et il a tout fait pour que ca casse. Il a essayé de m’isoler de ma famille, de mes amis, et plein de choses qu’il n’a pas réussi à faire… j’ai eu aussi beaucoup de chantage pour récupérer mes meubles, mes biens matériels.
Suite à ça, on a eu une seconde relation qui a fait que mon fils a été conçu. J’ai su deux moi et demi plus tard que j’étais enceinte. J’ai voulu couper les ponts, ce qui n’a pas marché car il a toujours continué. Au départ, il ne voulait pas du bébé, et après, un coup il en voulait, un coup il en voulait pas. Mais dès qu’il a su que j’avais trouvé quelqu’un dans ma vie, il est devenu violent. Même si j’avais déjà eu des violences, un petit peu, quelques mois auparavant. Il a voulu me récupérer. Il s’en fichait complètement de mon fils, ce qui est toujours le cas depuis 4 ans.
J’ai eu des menaces d’enlèvement alors que j’étais enceinte. Après l’accouchement, le jour de ma sortie de la clinique, Je lui ai quand même dit que j’avais accouché. Il a voulu le voir tout de suite, ce qui était légitime. Il est venu me voir le jour même à mon domicile, mais il voulait s’imposer tous les jours car il avait su que mon compagnon à l’époque était militaire et donc s’absentait. Il est venu un jour complètement malade et à partir de ce moment a mon fils a eu des problèmes de santé donc je lui ai dit qu’il ne reverrait pas son fils tant qu’il ne serait pas guérit.
Quand le petit avait quelques mois, la justice a confié des droits de visite au père alors que j’avais porté plainte pour harcèlement, plainte qui avait été classée sans suite. Au début il n’avait que deux heures et demi par semaine à mon domicile alors que moi j’avais demandé la présence d’une puéricultrice et pas à mon domicile pour qu’il ne sache pas ce qui s’y passe, qu’il ne s’y introduise pas, qu’il ne s’impose pas ce qu’il a fait en voulant rester en dehors des droits de visites. Je n’ai pas eu non plus le de plan rencontre en lieu médiatisé, il n’y avait pas de puéricultrice et la justice avait décidé que ce serait à mon domicile.
Et puis il y eu élargissement du droit de visite, le c’était le samedi après-midi à son domicile et avec mon accord. Mon fils revenait avec des insolations, déshydrations, avec des traumatismes, des bleus alors qu’il n’avait que quelques mois et qu’il ne marchait pas encore. Quand il a marché, il revenait avec le dos en sang, des égratignures. Mon fils a failli perdre un œil...
J’ai donc fait des mains courantes à chaque fois et au bout de quelques mains courantes j’ai porté plainte pour violence, mais c’est très difficile de porter plainte pour violente si le père de l’enfant dit qu’il n’y a pas eu de violence et que l’enfant est tombé tout seul. Du coup, l’affaire est classée sans suite. Il est tombé alors qu’il ne marchait pas encore et la justice n’a jamais voulu reconnaitre la violence
A l’âge de 2 ans, mon fils a perdu connaissance chez moi après une visite chez son père. Je suis allée aux urgences et suis allée porter plainte pour violence mais il n’y avait pas de preuve que la violence avait eu lieu chez le père donc j’ai été accusée et c’est le juge des enfants qui a été saisi parce que je portais trop plainte et que j’avais tendance à évincé le père, voila ce qu’on m’a dit. Depuis ce jour là où il avait été hospitalisé mon fils ne voulait plus aller chez son père. Il a peur et il en revient toujours terrorisé.
Depuis nous avons saisi le juge des enfants et il y a eu une enquête. L’enquête a révélé que j’étais coupable d’être trop fusionnelle avec mon fils. Un enfant est une vraie éponge il ressent toutes mes inquiétudes et c’est ma faute. On m’a aussi reproché d’être une mauvaise maman parce que j’étais étudiante et que j’étais trop absente. Alors que j’ai laissé mon fils à une assistante maternelle agréée formée pour prendre soin de mon fils et qu’il était gardé en alternance par sa grand-mère maternelle.
Il était suivi par une pédopsychiatre, qui disait que j’étais une maman qui ne prenait pas soin de son fils parce que psychologiquement il en prenait un coup parce que je partais et j’étais trop absente pour mes études. Mais que je sois étudiante ou en emploi il n’y avait pas de différence parce ce que je travaillais en alternance et que j’étais coupable de ca.
Le père paye une pension de 125€ par mois pour l’enfant mais il avait arrêté de payer. J’ai alors demandé à un huissier la saisie sur salaire, ce qui a été fait. Au bout de 2 mois il a de nouveau envoyé le paiement et j’ai été obligé de renvoyer les paiements tous les mois.
On m’a conseillé aussi en ce moment de pas travaillé, comme ca je suis disponible pour mon fils quand son père ne peut pas emmener à l’école où quand il est malade et qu’il me le confie. Mais il faut faire attention car s’il arrive quelque chose pendant ce temps la, je risque d’être condamnée.
Je garde les textos, j’enregistre toutes les conversations, il y a des applications pour ca. J’enregistre tout ce qui se dit avec les services sociaux car maintenant ils mentent, ils disent vous avez dit ca. On retrouve dans les rapports au juge, des choses dont vous n’étiez même pas au courant. J’ai pu montrer au juge des enfants tout ce qui avait été dit. Après ca passe en enregistrement. J’ai bataillé 6 mois contre une mesure de protection contre moi et les services sociaux étaient la. Donc je suis un danger pour mon fils mais j’avais quand même le droit de l’avoir un week-end sur 2.
Aujourd’hui, j’ai écrit au juge d’instruction, car toutes mes plaintes avaient été classées sans suite ou suspendues. La juge d’instruction m’a répondu que ce n’était pas normal, les plaintes sont soit classées sans suite soit il y a une décision de prise mais jamais elles ne sont suspendues. Donc il y a eu quelque chose qui s’est passé mais on ne sait pas quoi.
J’ai aussi écrit au juge d’instruction car 3 jours après l’audience où l’on m’a condamné moi, mon petit garçon est revenu avec la bouche toute ouverte, les lèvres violettes, un gros hématome sur la joue alors que j’avais confié mon fils sans aucun bleu et que je l’avais filmé, des habits tout neufs qui sont revenus déchirés. Mon petit garçon était en état de choc, il sait fait pipi dessus quand il est rentré, il a voulu mettre son père à la porte à 2.5 ans. Et la, on l’a remis chez son bourreau. Il est en résidence chez son père.
Finalement la JAF a quand même estimé que mon fils avait besoin de moi, même s’il y avait la mesure protection contre moi. Aujourd’hui on est à peu près en garde alternée. Mais mon fils est en danger chez son père. Et les médecins ne font pas les signalements car ils ne veulent pas s’en mêler de peur d’être radié de l’ordre des médecins suite aux plaintes de certaines familles.
Par rapport à la justice, je me suis bataillée pendant 6 mois, j’ai poussé beaucoup de portes et depuis janvier je suis de nouveau une bonne maman et je ne suis plus un danger pour mon fils. J’ai été reconnue comme une bonne maman.
J’ai poussé la porte de l’association AVHMVP ce qui m’a beaucoup aidé car j’ai eu les conseils de l’avocate. Aujourd’hui mon fils a encore des problèmes de santé, il a une grosse anémie, il est fatigué, il a un pied tout déformé à cause de chaussures trop petites que lui fait porter le papa. Donc je ne porte pas plainte mais je garde les certificats médicaux et tout ca et si ca ne marche je vais attaquée auprès de la juge, pour changer de juge avec l’aide de l’avocate.
En ce moment je suis devant le jaf et le juge des enfants. Je ne lâche rien. L’avocate a dit que je m’étais bien battue car c’est rare que la juge donne tout de suite l’AEMO, assistance éducative en milieu ouvert. Je l’ai depuis le mois de janvier mais comme les services sociaux sont débordés cette assistance n’a été mise en place que ce mois ci. Je veux qu’Il n’y ait pas de mensonges. Les services sociaux passent une fois par mois et préviennent de leur passage donc on a le temps de ranger, nettoyer, préparer leur arrivée et c’est comme ça que le père prouve que c’est chaleureux chez lui.
Mais je récupère toujours mon fils avec des coups alors je prends des photos, j’ai plus de cents photos, on me dit qu’il faut arrêter parce que cela semble prouver que je n’ai pas confiance.
J’ai aussi poussé la porte de l’association « Enfants Maltraités » qui m’ont dit qu’il fallait continuer à tout garder, enregistrer, photographier, continuer à porter plainte saisir plus haut même si ca ne marche pas, si ca ne marche pas envisager d’aller devant la cour européenne des droits de l’homme qui ne peut contester qu’une décision de jurisprudence, et il faut avoir épuiser tous les recours en France donc cela prendra du temps.
Aujourd’hui je ressens de l’impuissance pour mon fils et de la colère face à la justice…
Au quotidien, je rencontre des amis, je fais partie d’autres associations et je suis même présidente de l’une d’elle ce qui me prend beaucoup de temps, j’essaye d’aider d’autres personnes comme je peux...
Témoignage d’Alicia, 29 ans, sans emploi, victime de harcèlement moral dans le couple post-séparation
J’ai 29 ans, je suis sans travail et je vis chez mes parents. J’ai une petite fille de 1 an.
J’ai vécu un peu plus d’un an avec mon ex compagnon et le bébé est arrivé très vite. Je suis partie très rapidement et nous sommes séparés depuis à peu près 1 an.
Au milieu de ma grossesse tout a basculé, peut-être me sentant plus faible, il a essayé de m’humilier, de me rabaisser en essayant de passer par mes amis et ma famille. Il a essayé de m’isoler mais nous sommes une famille très soudée comme le sont les familles gitanes. Donc il n’a pas réussi, ce qui l’a beaucoup embêté.
Pendant que j’étais à la clinique après l’accouchement, il est venu me voir en disant qu’il allait récupérer la petite et qu’il aurait la garde exclusive car je ne n’avais pas de domicile pour la prendre en charge. Mais j’ai un domicile puisque je vis chez mes parents.
Après sa naissance, je lui laissais voir la petite de temps en temps. Quand il n’y avait que ma mère et moi au domicile, il en profitait pour raconter des histoires comme par exemple que je lui devais de l’argent et d’autres histoires... Un autre jour il a fallu que je tire mon lait parce que je l’allaitais encore. Il a donc fallu que je loue un tire-lait.
Je lui ai confié la petite pendant un après-midi et quand je l’ai reprise il m’a menacé en disant que s’il voulait, il pourrait la garder et ne pas me la rendre. La fois d’après il l’a effectivement enlevée pendant une semaine. J’ai déposé une main-courante à la gendarmerie. Mais on ne peut pas porter plainte s’il n’y a pas eu de jugement, les droits de garde sont à égalité entre le père et la mère à ce moment là. S’il ne voulait pas la rendre, il avait le droit. Il avait reconnu l’enfant même s’il ne voulait pas le faire au début, de peur que je lui demande une pension ou autre chose.
J’ai essayé de la voir mais il n’était jamais disponible. Une grande amie d’enfance à mes parents qui habitait tout près de chez lui a essayé d’intervenir pour moi, pour que je vois la petite mais il n’a pas voulu. Elle m’a prévenu quand il était tout seul avec ma fille mais je ne voulais pas y aller toute seule.
La pression avait baissé. Les policiers m’avait dit que je pouvais au moins voir la petite pour lui donner mon lait car il avait pris l’enfant alors que je l’allaitais encore et l’avait passée au lait artificiel du jour au lendemain, ce qui est très mauvais pour la santé de l’enfant. C’est donc ce que j’ai fait. On s’est donné rendez-vous au parc. Une fois arrivé au parc il s’est excusé, il était soi-disant désolé pour tout. J’ai pris l’enfant dans mes bras et lui ai clairement fait comprendre que je ne lui rendrai pas, et que je ne porterai pas plainte s’il arrêtait de m’envoyer des sms.
Pendant ce temps les personnes avec qui j’étais allée au parc ont téléphoné à la gendarmerie pour montrer que je ne le menaçais pas et que je n’étais pas violente. Les gendarmes sont arrivés et ont assisté à la scène. Je suis repartie avec ma fille. Les gendarmes ont constaté qu’il n’y avait pas eu de violences et que comme il n’y avait pas eu de jugement, ils ne pouvaient rien faire.
Et, là, ca a été la catastrophe, il a dit que je le frappais, il a porté plainte contre moi, plainte qui a été classée sans suite… plainte contre ma sœur mais la plainte a aussi été classée sans suite puisque Monsieur cherchait les ennuis...
Il y a eu jugement et la décision du juge aux affaires familiales a été de lui confier la garde 1 jour par semaine, une fois le mercredi en semaine paire de 10h à 14h et une fois le samedi en semaine impair de 10h à 19h. Entre temps je ne suis pas obligée de lui parler. Elle va bientôt avoir un an et ce sera alors un week-end par mois du samedi au dimanche et si je n’ai pas envie de lui donner plus je suis dans mon droit.
Il a voulu parler avec ma cousine, parce qu’avec le jugement je n’étais plus obligée de lui parler. Elle a enregistré la conversation pour que je puisse faire évaluer ses propos par la suite. Il a avoué qu’il avait provoqué ma sœur et qu’il portait plainte pour avoir des points en plus pour avoir la garde de la petite. Tout ce qu’il peut trouver comme argument contre moi, il l’utilise. Exemple, l’autre jour, elle avait un petit râle du nez et il trouvait que je ne m’en occupais pas bien. Il voulait absolument que j’ai un certificat médical et que je l’emmène chez le kiné. Sauf qu’elle n’avait pas besoin de kiné et qu’il fallait qu’il arrête avec toutes ces broutilles même l’avocat le lui a dit. Il veut une médiation obligatoirement…
Et il m’envoie toujours des SMS d’accusations, de reproches et de menaces. Par exemple je suis une mauvaise mère par moment et puis plus la fois d’après, que je vais perdre la garde de la petite. Parfois il m’envoie un SMS par semaine et puis un jour ca va être 5 SMS dans la même journée alors qu’il a la petite en garde comme la semaine dernière pour me dire qu’il allait demander la garde partagée. Il cherche toujours à me récupérer, il me dit que je suis la femme de sa vie et qu’il a tout perdu. Ce à quoi, je réponds : « Tant pis pour toi, il fallait y penser plus tôt ».
Depuis le 20 juin 2015, j’ai conservé une centaine de pages de copies de ses SMS non sollicités, de menaces, de chantages, de reproches avec plus de 9 messages par page. Je suis allée à la police pour porter plainte pour harcèlement moral par voie électronique. Mais la police ne considère pas cela comme du harcèlement moral car la police affirme que tant qu’il ne me traite pas de « pute » ou qu’il n’y a pas de menace de mort, ce n’est pas du harcèlement. Ce qui n’est pas vrai… On m’a aussi dit que le harcèlement moral dans le couple n’existait pas et que c’était uniquement au travail qu’il pouvait y avoir harcèlement.
En tout, j’ai dû aller une dizaine de fois porter plainte au commissariat et déposer 2 mains courantes.
L’avocat m’a demandé dans un premier temps d’attendre puis d’envoyer un recommandé au Procureur avec le dossier et les pièces.
Aujourd’hui, Je veux être reconnue en tant que victime. Pendant l’audience, il s’était engagé devant la juge aux affaires familiales à ne plus m’envoyer de SMS, en échange de quoi je n’avais pas porté plainte contre lui. Il s’était calmé mais cela n’a même pas duré 3 mois.
Maintenant il arrive à être plus malin et commence le message pour avoir des nouvelles de la petite que, soit disant, je ne donne pas…
Quand ce cauchemar va-t-il s’arrêter ?