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Libérons Jacqueline Sauvage

15 Août 2016

Monsieur le Président,

Je viens vous demander au nom de toutes les femmes qui connaissent l’enfer des violences conjugales la grâce de Jacqueline Sauvage. Je vous demande une grâce faite de grandeur d’âme et de noblesse, une exception parfumée à l’essence de la justice du cœur, en cette époque troublée où les lois humaines sont souvent transgressées et où la violence éteint le sourire d’enfants au nom d’un dieu de colère.

Il nous faut un peu d’espoir, monsieur le Président, une note de beau, un morceau de rêve, une jolie folie. Jacqueline Sauvage a tué et certes la Justice doit être rendue car le sang a coulé. « Tu ne tueras point. », dit la morale, « Tu laisseras les juges fixer le prix du crime », reprend en écho la logique de paix sociale de notre démocratie. Jacqueline restera donc sous les barreaux. Fin de l’histoire.

Monsieur le Président, nous ne pouvons en rester là, et ceci au nom de toutes les femmes qui voient leur vie dévastée par les errances de malades mentaux qui cabossent leurs corps et broient leur âme. Et que dire des enfants qui jour après jour, grandissent dans la laideur, se construisent maladroitement sur le terreau (Je devrais sans doute écrire le fumier empoisonné) de la peur et en décousent toute leur vie d’adulte avec les effets pervers de la violence ? Cette violence intériorisée les ronge et transforme les larmes qu’ils ne savent plus verser en vieux clous rouillés, d’impitoyables pieux qui les torturent à chaque pas foulé de leur existence. Une vraie malédiction.

Jacqueline a dit « non » à toute cette horreur. La Justice a fixé le tarif de la table des lois. Devrions-nous en rester là pour autant ?

Nous sommes nombreux, monsieur le Président, à refuser la sentence et à vous demander d’intervenir car la France est le pays des droits de l’Homme, des droits bafoués par les pervers violents qui commettent leurs attentats derrière leurs fenêtres, dans la confortable assurance que nul ne s’opposera à eux. Jacqueline a sorti son fusil pour mettre fin à son cauchemar et à celui de ses enfants. Son geste ne doit pas tomber dans l’oubli de l’ordre social.

Sans doute aurait-elle fait l’économie de la prison si l’on avait pu lui porter secours, par une information adaptée et le moyen d’agir pour neutraliser son bourreau. Bien sûr les choses ont évolué, des dispositifs ont été mis en place mais sur le terrain, il est bien difficile d’être efficace. Mes différentes activités ont mis sur mon chemin des femmes battues, leurs fils, leurs filles, en fait des groupes de personnes malades de malades quasiment intouchables et forts de nos faiblesses organisationnelles.

Rompons avec cette horreur et symboliquement, libérons Jacqueline.

Votre signature serait un geste fort, un antidote au poison, une élégante manière de faire évoluer les choses.

Veuillez croire, monsieur le Président, en mon respect pour la fonction de chef de l’État, au-delà de toute sensibilité politique particulière, et à mes sentiments citoyens.

Catherine Armessen

Femme et mère de famille

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