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26 Décembre 2016 , Rédigé par Catherine ARMESSEN

Madame,

En cette période de fêtes, bien triste pour vous et pour les vôtres, je me permets de vous offrir un sapin de Noël mais avant de vous dire comment je l’ai décoré, je voudrais revenir sur votre injuste condamnation. Injuste, oui, car vous avez déjà purgé votre peine, et cela pendant des décennies.

Entre insultes et coups, destinés à vous abrutir pour faire tomber votre défense, votre tortionnaire vous a rendu muette. Les femmes qui subissent votre sort sont malades d’une étrange pathologie qui les transfigure au point que personne ne parvient à les comprendre. Tant de prêts à penser gouvernent les esprits…Certains restent encore convaincus par la caricature de la femme qui reste parce qu’elle y trouve son compte, matériel ou affectif, d’autres voient dans votre acharnement à rester auprès de votre bourreau une forme de lâcheté ou de folie.

Quand on est bien-portant, on raisonne en bien-portant, qui se défend quand on l’agresse et fuit le champ d’une bataille immonde, les poings qui font éclater des pommettes et brisent des nez, les pieds qui fracturent des côtes et percutent des ventres. Un combat à la déloyale où le viol est admis, l’antichambre de l’enfer pour la mère et ses enfants.

Et tout cela derrière des fenêtres ornées de voilages proprets qui, depuis la rue, évoquent le décor d’une maison rassurante. Les murs de cette demeure, pourtant, ne sont pas étanches et les voisins entendent filtrer des pleurs, des cris, des appels au secours, la voix furieuse du déséquilibré qui se soulage d’une tension qu’il ne maîtrise pas. Certains répugnent à se mêler de l’affaire, d’autres tendent la main mais vous refusez de l’atteindre parce qu’au-delà des aveux que vous pourriez faire, de l’espoir que cette main vous mènera loin de votre galère, vous avez peur de ne trouver que le vide. Alors, pour soigner vos blessures, vous allez aux Urgences débiter votre joli mensonge, dénoncer l’escalier traitre quand lequel vous êtes tombée, la porte que vous n’avez pas vue et quand  vous étouffez dans votre secret au point de vous confier, vous n’allez pas porter plainte comme on vous le conseille. Vous décevez vos alliés qui vous jugent bien déroutante et vraiment trop passive.

Comment l’expliquer, cette passivité, si l’on ignore des effets pathologiques de la tension permanente dans laquelle vous vivez, si l’on ne sait pas qu’elle vous prive des substances biologiques qui en temps normal vous éviteraient d’être fatiguée en permanence et apathique ? Vous êtes insomniaque, vous avez mal partout, vous n’avez plus de goût à rien et surtout, vous êtes tellement harassée que le moindre effort vous paraît insurmontable. Alors, dans ces conditions, quitter son foyer...

En ce qui vous concerne, madame, il y a eu crimes, certes, mais un seul a été reconnu. L’autre, celui qui assassine le bonheur de toute une famille, n’a pas été sanctionné, sinon, vous passeriez Noël chez vous.

Et voici mon sapin, madame, dont les branches sont autant de bras, de poings qui s’élèvent, indignés. Mais ne restons pas sur cette note de colère, regardez à présent les boules qui parent le vert. Ce sont les associations qui s’acharnent à combattre le fléau des violences familiales, les professionnels qui commencent à s’installer autour de la table pour mutualiser leurs moyens afin de mieux aider les victimes.  Quant aux petits personnages, lutins, fées et clowns qui se balancent entre les boules, ils chantent l’espoir que vous reviendrez chez vous plus tôt que prévu.

Je vous offre les guirlandes, symboles de la solidarité qui s’exprime autour de vous.

 Personne ne vous oublie, madame.

Catherine ARMESSEN

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